
Beaucoup d'hommes soupçonnent un taux de testostérone bas sans jamais avoir fait vérifier la chose objectivement, se fiant uniquement à des symptômes qui peuvent avoir bien d'autres causes. Voici comment s'y prendre correctement pour obtenir une réponse fiable.
Une analyse mesurant la testostérone totale, idéalement complétée par la testostérone libre et la SHBG (Sex Hormone Binding Globulin, une protéine qui lie une partie de la testostérone circulante et la rend biologiquement inactive), donne une image bien plus précise qu'une simple estimation basée sur les symptômes ressentis au quotidien.
Une proportion importante de la testostérone circulant dans le sang est liée à des protéines de transport (SHBG principalement, et dans une moindre mesure l'albumine) et n'est donc pas immédiatement disponible pour agir sur les tissus cibles. Seule la fraction libre (et dans une moindre mesure, biodisponible) est active biologiquement, ce qui explique pourquoi deux hommes avec la même testostérone totale peuvent présenter des symptômes très différents selon leur taux de SHBG respectif.
La testostérone suit un rythme circadien : elle est naturellement plus élevée le matin (généralement entre 7h et 10h) et diminue progressivement au cours de la journée, avec un écart pouvant atteindre 20 à 30% entre le matin et l'après-midi chez un même individu. Une analyse réalisée l'après-midi peut donc donner un résultat artificiellement bas par rapport à une analyse matinale, c'est pourquoi les analyses de référence sont systématiquement recommandées tôt le matin.
En raison de la variabilité naturelle du taux de testostérone d'un jour à l'autre (influencée par le sommeil, le stress, une maladie récente), les recommandations médicales préconisent généralement de confirmer un résultat bas par une deuxième analyse à quelques semaines d'intervalle, avant de conclure à un véritable déficit chronique plutôt qu'à une fluctuation ponctuelle.
Un résultat "dans la norme" au sens statistique peut malgré tout être bas pour une personne donnée, en particulier si les valeurs de référence utilisées par le laboratoire sont larges (elles sont généralement établies sur une population très hétérogène en âge). C'est pour cette raison que le résultat chiffré doit toujours être interprété avec les symptômes cliniques et le contexte individuel, pas isolément, d'où l'intérêt d'un avis médical pour une interprétation complète plutôt qu'une simple lecture du chiffre brut.
Au-delà de la testostérone elle-même, un bilan plus complet inclut souvent la LH et la FSH (pour distinguer une origine testiculaire d'une origine hypothalamo-hypophysaire au déficit), la prolactine (dont un excès peut supprimer la testostérone), et parfois un bilan thyroïdien, certains symptômes se recoupant entre hypogonadisme et troubles thyroïdiens.
Une analyse sanguine bien réalisée, le matin, avec les bons marqueurs, si possible confirmée par une seconde mesure, reste le seul moyen fiable de savoir objectivement où l'on se situe, plutôt que de se fier uniquement à un ressenti subjectif qui peut être influencé par de nombreux autres facteurs de vie.
Un même échantillon sanguin peut donner des résultats légèrement différents selon le laboratoire d'analyse et la méthode utilisée (dosage par immunoessai vs spectrométrie de masse, cette dernière étant généralement considérée comme plus précise). Cette variabilité technique justifie, en cas de résultat limite, de refaire l'analyse dans le même laboratoire pour une comparaison cohérente dans le temps.
Une maladie aiguë récente (grippe, infection, intervention chirurgicale) peut temporairement abaisser le taux de testostérone mesuré, indépendamment de tout déficit chronique sous-jacent, un facteur à signaler au professionnel de santé et à prendre en compte avant de réaliser une analyse, idéalement en dehors de toute période de maladie active.
Le surpoids et l'obésité sont associés à une baisse du taux de testostérone totale, en partie via une augmentation de l'aromatisation en œstrogènes dans le tissu adipeux et une baisse de la SHBG. Cette relation bidirectionnelle (le surpoids abaisse la testostérone, et un faible taux de testostérone favorise à son tour la prise de poids) complique l'interprétation isolée d'un résultat chez une personne en surpoids, sans nécessairement indiquer un hypogonadisme primaire.